Blog de Pierre-Valéry Archassal

A comme Anson, le lanceur d’alerte

Anson, ancien directeur de la comptabilité des fourrages de l’administration des subsistances militaires.

« [Le 19 juin 1792], un homme, au-dessus du commun, auquel j’avois rendu service lorsque j’étais à la feuille des bénéfices, vint me voir à 6 heures du soir chez Monsieur d’Affry et me prévint que le lendemain une députation du faubourg Saint-Antoine devoit aller au château pour poser le bonet de la liberté sur la tête du Roi et que les plus chauds patriotes seroient députés.

J’en frémis parce que les connoissances de cet homme dans ce faubourg ne me laissoient aucun doute sur l’exécution de cet horrible projet. Je le congédiai sous prétexte d’affaires pressées avec Monsieur d’Affry qui devoit sortir à 7 heures, à son habitude, en lui déguisant mes intentions.

J’en fis part à ce dernier aussitôt qui l’ignoroit et lorsqu’il fut monté en voiture, j’allai de mon propre mouvement du côté des Tuileries dans l’espérance d’y joindre Monsieur le major Bachman ou Monsieur de Maillardoz qui venoit d’être nommé lieutenant colonel du régiment des gardes, en remplacement de Monsieur le baron de Bezenval décédé. Je tremblois de ne trouver ni l’un ni l’autre ; mais, à mon grand étonnement et comme par miracle, lorsque je fus arrivé au milieu du pont royal, j’apperçus Monsieur le baron de Bachman seul qui montoit sur les trottoirs du pont ; je me crus inspiré et en l’abordant je lui témoignai le désir de lui communiquer quelque chose. Les passans s’arrêtant autour de nous en regardant la rivière, nous entrâmes dans le jardin des Tuileries et allâmes derrière les ifs de la terrasse du quai où je lui fis part de cet objet. Il m’en témoigna toute sa reconnaissance avec chaleur et effusion de cœur, car il l’ignoroit aussi, ainsi que la Cour. »

Décoration refusée.

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